Longtemps relégué au rang de faire-valoir de Google, Bing connaît depuis début 2023 une renaissance spectaculaire grâce à l’intégration de l’intelligence artificielle dans son moteur de recherche. Alimenté par la technologie GPT-4 d’OpenAI — dans laquelle Microsoft a massivement investi —, le nouveau Bing a fait parler de lui bien au-delà des cercles technophiles. Deux ans plus tard, en mars 2025, les effets de cette montée en puissance commencent à se faire sentir concrètement dans les stratégies SEO des agences françaises. La question n’est plus de savoir si Bing mérite qu’on s’y intéresse, mais bien comment adapter ses pratiques pour en tirer parti.
Bingbot : comment fonctionne le crawler de Microsoft ?
Bingbot est l’araignée web (crawler) utilisée par Microsoft pour indexer les pages du web et alimenter l’index de Bing. Son fonctionnement de base est comparable à celui de Googlebot : il parcourt les liens, lit le contenu des pages, interprète les balises HTML et les données structurées, puis transmet les informations collectées aux serveurs d’indexation de Bing. Cependant, depuis l’intégration de capacités d’IA générative, Bingbot a évolué dans sa façon d’évaluer la pertinence des contenus. Il ne se contente plus de repérer des mots-clés : il tente de comprendre le sens d’une page, son contexte, et la fiabilité de la source qui la publie. Microsoft a d’ailleurs confirmé que Bingbot s’appuie désormais sur des modèles de langage pour mieux qualifier l’intention derrière une requête et la faire correspondre au contenu le plus approprié.
Pour les webmasters et les équipes SEO, cela implique quelques ajustements pratiques. Le fichier robots.txt reste un point d’entrée incontournable pour contrôler l’accès de Bingbot à certaines sections d’un site. Microsoft met également à disposition son propre outil, Bing Webmaster Tools, souvent sous-utilisé en France alors qu’il offre des données précieuses : taux d’exploration, pages indexées, performances sur les requêtes Bing, ou encore alertes en cas de problèmes techniques. Ignorer cet outil en 2025, c’est se priver d’une visibilité partielle mais croissante sur un moteur dont les parts de marché progressent.
La part de marché de Bing en France : des chiffres à nuancer
En France, Google reste largement dominant avec environ 90 % à 92 % des parts de marché sur la recherche en ligne. Bing se situe autour de 4 % à 6 % selon les sources et les périodes analysées, ce qui peut sembler dérisoire. Pourtant, ces chiffres méritent d’être nuancés. D’abord, la base d’utilisateurs de Bing en France représente tout de même plusieurs millions de recherches quotidiennes — un volume non négligeable pour certaines niches. Ensuite, le profil des utilisateurs de Bing est souvent différent de celui des utilisateurs de Google : on y trouve une proportion plus élevée d’utilisateurs Windows en contexte professionnel, d’utilisateurs moins technophiles qui n’ont pas modifié le moteur par défaut de leur navigateur Edge, et depuis 2023, une nouvelle génération d’utilisateurs attirés par Copilot, l’assistant IA intégré à Bing.
Ce dernier point est crucial. Copilot, anciennement appelé Bing Chat, a modifié la nature même des interactions avec le moteur. Plutôt que de retourner une liste de liens bleus, il génère des réponses synthétiques en s’appuyant sur des sources web qu’il cite explicitement. Pour les marques et les sites bien positionnés dans l’index Bing, cela représente une opportunité de visibilité dans des réponses IA — un enjeu qui rappelle fortement les discussions autour de la Search Generative Experience (SGE) de Google, devenue AI Overviews. Les agences SEO françaises qui travaillent déjà sur leur présence dans les réponses générées par IA ont donc tout intérêt à ne pas limiter leurs efforts à Google.
Ce que l’essor de Bing change concrètement pour le SEO
La bonne nouvelle pour les praticiens du SEO, c’est que les bonnes pratiques fondamentales — contenu de qualité, architecture technique solide, backlinks pertinents, expérience utilisateur soignée — restent valables quel que soit le moteur de recherche ciblé. Toutefois, Bing présente quelques spécificités qu’il convient de connaître. Premièrement, Bing accorde historiquement plus d’importance aux signaux sociaux (partages, mentions sur les réseaux sociaux) que Google dans son algorithme de ranking. Deuxièmement, l’ancienneté d’un domaine et sa réputation établie dans le temps semblent peser davantage dans les critères de classement de Bing, ce qui peut avantager les acteurs en place face aux nouveaux entrants. Troisièmement, les données structurées (Schema.org) sont particulièrement bien valorisées par Bingbot pour comprendre le contexte d’une page et l’afficher dans des formats enrichis.
Il y a également une dimension locale à ne pas négliger. Bing Places, l’équivalent de Google Business Profile pour le moteur de Microsoft, est souvent négligé par les entreprises françaises alors qu’il alimente directement les résultats locaux affichés dans Bing et dans Copilot. Pour une agence SEO qui gère des portefeuilles de clients locaux — commerces, cabinets, restaurants, artisans —, vérifier et optimiser les fiches Bing Places fait partie des quick wins trop souvent oubliés. D’autant que la concurrence y est bien moins forte que sur Google, ce qui facilite mécaniquement un bon positionnement.
Stratégie pour les agences françaises : faut-il vraiment se préoccuper de Bing ?
La réponse courte est : oui, de plus en plus. Non pas parce que Bing va détrôner Google demain — personne ne le pense sérieusement —, mais parce que la diversification des sources de trafic est une bonne pratique en soi, et que l’intégration de l’IA dans Bing crée de nouveaux formats de visibilité qui pourraient prendre de l’importance dans les années à venir. Les agences qui ont su anticiper la montée des featured snippets de Google ou l’importance du local SEO ont toujours eu une longueur d’avance sur leurs concurrents. Être attentif à Bing aujourd’hui, c’est potentiellement se positionner favorablement pour demain.
Concrètement, voici quelques actions que les agences françaises peuvent intégrer sans bouleverser leur organisation : configurer et surveiller régulièrement Bing Webmaster Tools pour chaque client, vérifier que le fichier robots.txt ne bloque pas involontairement Bingbot, implémenter des données structurées complètes, créer ou revendiquer les fiches Bing Places pour les clients ayant une présence locale, et enfin, surveiller la façon dont leurs contenus sont cités (ou non) dans les réponses de Copilot. Cette dernière dimension — la visibilité dans les réponses IA — est sans doute la plus stratégique à long terme. Elle rejoint d’ailleurs les réflexions en cours sur le GEO (Generative Engine Optimization), un champ disciplinaire émergent qui interroge la façon dont on optimise un contenu non plus pour un moteur de recherche classique, mais pour un système d’IA générative.
Vers une co-existence des moteurs : enjeux et perspectives
L’essor de Bing ne signifie pas la fin de la domination de Google, mais il participe à une recomposition progressive du paysage de la recherche en ligne. En 2025, plusieurs acteurs concurrents — DuckDuckGo, Qwant, Ecosia, ou encore les moteurs IA comme Perplexity — contribuent à fragmenter légèrement les usages. Dans ce contexte, les agences SEO les plus agiles sont celles qui adoptent une vision moteur-agnostique : plutôt que d’optimiser exclusivement pour Google, elles construisent des stratégies de contenu et de technique qui répondent aux critères communs à tous les grands moteurs, tout en tenant compte des spécificités de chacun.
Pour Bing en particulier, l’enjeu des prochains mois sera de voir si Copilot parvient à fidéliser de nouveaux utilisateurs en France, notamment via l’intégration de plus en plus poussée dans Windows 11 et dans la suite Microsoft 365. Si tel est le cas, les volumes de recherche sur Bing pourraient progresser plus vite que prévu, et les agences qui auront anticipé ce mouvement seront en position favorable pour en tirer profit. En attendant, ignorer Bingbot est une erreur dont le coût reste faible aujourd’hui — mais qui pourrait s’avérer plus coûteuse à mesure que l’IA redessine les frontières de la recherche en ligne.



