Un changement de métrique qui a bousculé les habitudes
Il y a tout juste un an, en mars 2024, Google officialisait le remplacement de la métrique FID (First Input Delay) par l’INP (Interaction to Next Paint) au sein des Core Web Vitals. Un changement qui, sur le papier, semblait technique et réservé aux spécialistes du SEO. Mais en pratique, cette transition a eu des répercussions bien plus larges, notamment pour les agences françaises qui accompagnent des clients sur la performance de leurs sites. Douze mois plus tard, il est temps de dresser un bilan honnête : qu’est-ce qui a vraiment changé, qui a été impacté, et où en sont les sites français dans leur adaptation à cette nouvelle réalité ?
FID vs INP : rappel rapide des enjeux
Pour bien comprendre l’ampleur du changement, un petit rappel s’impose. Le FID mesurait le délai entre le premier clic ou la première interaction d’un utilisateur sur une page, et la réaction du navigateur à cette action. Une métrique plutôt binaire, facile à optimiser, et qui ne reflétait finalement qu’une toute petite partie de l’expérience utilisateur réelle. L’INP, lui, va beaucoup plus loin : il mesure la latence de toutes les interactions survenues pendant la session de navigation, et retient la valeur la plus mauvaise (ou presque, avec un système de percentile). Autrement dit, un seul clic lent sur votre site peut faire plonger votre score INP, même si tout le reste est parfaitement fluide.
Concrètement, un bon score INP doit être inférieur à 200 millisecondes. Entre 200 et 500 ms, on entre dans une zone à améliorer. Au-delà, c’est considéré comme mauvais par Google. Ces seuils peuvent paraître abstraits, mais sur un site e-commerce avec de nombreux filtres interactifs, des animations JavaScript ou des widgets de chat en live, atteindre ce niveau d’exigence représente un vrai défi technique.
Bilan un an après : les gagnants et les perdants
Les données collectées depuis mars 2024 par différents outils de monitoring — Google Search Console, CrUX (Chrome User Experience Report), ou encore des plateformes tierces comme Treo ou SpeedCurve — dressent un portrait contrasté. D’un côté, les sites les plus simples, majoritairement des blogs, des sites vitrines ou des landing pages bien optimisées, n’ont pratiquement pas souffert du passage à l’INP. Leur architecture légère et leur faible dépendance au JavaScript leur ont permis d’obtenir naturellement de bons scores.
De l’autre côté, les sites à forte interactivité ont subi un véritable choc. Les plateformes e-commerce développées sur des solutions lourdes comme certaines configurations de WooCommerce ou PrestaShop, les sites médias avec des régies publicitaires agressives, ou encore les applications web hybrides ont vu leurs scores se dégrader significativement dans le CrUX. En France, plusieurs agences SEO ont témoigné d’une augmentation notable des audits techniques demandés par leurs clients suite à des baisses de positions inexpliquées — en réalité souvent corrélées à une mauvaise performance INP. Le lien de causalité directe entre INP et ranking reste difficile à isoler, mais l’effet signal dans l’algorithme de Google est réel.
Les agences françaises face au défi technique
Pour les agences SEO en France, ce changement de métrique a mis en lumière une problématique plus profonde : le fossé qui existe souvent entre les équipes SEO et les équipes de développement. Optimiser le FID était relativement accessible, parfois résolu par un simple chargement différé du JavaScript. L’INP, lui, demande une compréhension fine du thread principal du navigateur, de la gestion des tâches longues, du découpage du JavaScript en chunks plus petits, ou encore de l’utilisation de l’API scheduler.yield() introduite récemment par les navigateurs modernes.
Cette complexité a poussé plusieurs agences à renforcer leurs équipes avec des profils plus orientés performance web, voire à nouer des partenariats avec des développeurs front-end spécialisés. On observe également un intérêt croissant pour des frameworks JavaScript plus modernes et mieux optimisés, ou pour des approches d’architecture comme l’Islands Architecture, qui permettent de limiter la quantité de JavaScript interactif chargé à la volée. La formation interne est aussi devenue un sujet brûlant : savoir lire et interpréter un rapport de performance dans PageSpeed Insights ou dans la Search Console n’est plus réservé aux seuls profils techniques au sein des agences.
L’état réel du web français en juin 2025
Selon les dernières données disponibles issues du rapport CrUX agrégé par HTTPArchive, environ 65 % des sites web dans le monde affichent désormais un bon score INP sur mobile, contre moins de 40 % au moment du lancement officiel de la métrique en mars 2024. C’est une progression remarquable, qui témoigne d’une prise de conscience globale de l’industrie. En France, les chiffres sont légèrement inférieurs à la moyenne mondiale sur le segment mobile, notamment en raison du parc de terminaux plus hétérogène et de certaines pratiques de développement web encore ancrées dans des habitudes pré-Core Vitals.
Mais la tendance est clairement à l’amélioration. Les CMS populaires comme WordPress ont intégré des optimisations natives, les thèmes et plugins majeurs ont été mis à jour pour réduire leur empreinte sur le thread principal, et les hébergeurs ont amélioré leurs infrastructures pour réduire les temps de réponse serveur qui, indirectement, aggravent les scores INP. Pour les agences françaises qui ont su anticiper ce changement dès 2023, les résultats sont aujourd’hui visibles : des clients mieux positionnés, des taux de rebond en baisse et une expérience utilisateur globalement améliorée.
Et maintenant, vers quoi se dirige-t-on ?
Si l’INP semble aujourd’hui bien intégré dans les pratiques SEO sérieuses, Google ne s’arrête pas là. Des discussions sont déjà en cours au sein du groupe W3C sur de potentielles nouvelles métriques centrées sur la fluidité des animations et la réactivité perçue par l’utilisateur lors du défilement. Le projet Responsiveness Metrics, toujours en phase expérimentale, pourrait à terme influencer les futures évolutions des Core Web Vitals. Pour les agences françaises, la leçon de l’année écoulée est claire : ne pas attendre que les changements soient officiels pour s’y préparer. Ceux qui avaient suivi l’évolution de l’INP dès son introduction en version expérimentale en 2022 ont eu deux ans d’avance sur leurs concurrents pour préparer leurs clients.
La performance web n’est plus un luxe réservé aux grandes entreprises avec des budgets conséquents. C’est aujourd’hui un critère de survie dans les SERPs, et l’INP en est l’illustration parfaite. Un an après son intégration officielle dans les Core Web Vitals, la métrique a définitivement changé la manière dont les professionnels du SEO appréhendent la relation entre expérience utilisateur et visibilité organique.



