Les Core Web Vitals, un chantier permanent chez Google
Depuis leur introduction officielle comme facteur de classement en 2021, les Core Web Vitals ont profondément modifié la manière dont les professionnels du SEO appréhendent la performance web. LCP, INP (qui a remplacé FID en mars 2024), CLS : ces trois métriques sont aujourd’hui au cœur des audits techniques de toutes les agences sérieuses. Mais Google ne s’arrête jamais. Ses équipes Chrome et Search travaillent en permanence à l’évolution de ces indicateurs, et plusieurs signaux laissent penser que de nouvelles métriques pourraient rejoindre le programme Core Web Vitals d’ici 2026. Pour les agences françaises qui conseillent leurs clients sur le long terme, anticiper ces changements n’est pas un luxe, c’est une nécessité stratégique.
Quelles métriques sont candidates pour intégrer les Core Web Vitals ?
Google publie régulièrement des recherches et des expérimentations via son équipe Chrome, et plusieurs métriques expérimentales sont aujourd’hui sur le radar des experts. Parmi les candidates les plus sérieuses, on trouve Interaction to Next Paint (INP) — déjà officialisée — mais aussi des métriques encore en phase d’observation comme Smoothness (la fluidité des animations et du scroll), ou encore des indicateurs liés à la stabilité de la navigation entre pages dans les Single Page Applications. Une autre piste sérieuse concerne les métriques de réactivité réseau perçue, notamment dans le cadre des connexions mobiles dégradées, une réalité encore très présente dans certaines zones rurales françaises. Google a également évoqué des travaux autour de métriques mesurant la qualité de chargement des polices et des ressources critiques au-delà du simple LCP. Ces chantiers, documentés dans les dépôts publics du projet web-vitals sur GitHub, méritent d’être suivis de près.
Le cas particulier de la fluidité de défilement et des animations
L’une des pistes les plus concrètes pour 2026 concerne ce que Google appelle la Smoothness, ou fluidité perçue. Cette métrique cherche à quantifier les à-coups visuels lors du scroll ou lors de transitions animées. Aujourd’hui, un site peut afficher un CLS parfait de 0 et pourtant présenter des animations saccadées qui dégradent significativement l’expérience utilisateur. La métrique frame rate et les outils de détection de jank (ces micro-freezes agaçants) sont déjà intégrés dans Chrome DevTools, ce qui constitue souvent un signe avant-coureur d’une future intégration dans les métriques officielles. Pour les développeurs et les agences qui travaillent avec des frameworks JavaScript lourds — React, Vue, Angular — ce sujet est particulièrement sensible. Les animations CSS bien optimisées, le recours aux propriétés transform et opacity plutôt qu’aux propriétés déclenchant des repaints, ou encore l’usage de will-change avec parcimonie, sont autant de bonnes pratiques à intégrer dès maintenant dans les standards de développement.
Anticiper sans sur-optimiser : la bonne approche pour les agences
Face à ces évolutions potentielles, la tentation peut être grande de vouloir tout optimiser immédiatement. Mais une approche raisonnée s’impose. D’abord, parce que Google communique généralement avec plusieurs mois d’avance avant d’officialiser une nouvelle métrique comme facteur de classement — le passage de FID à INP en est un bon exemple, avec une période de transition de plus d’un an. Ensuite, parce que les ressources des équipes techniques sont limitées, et qu’il vaut mieux consolider les bases existantes avant de courir après des métriques hypothétiques. La priorité reste donc d’exceller sur les trois métriques actuelles : viser un LCP inférieur à 2,5 secondes, maintenir un INP en dessous de 200 millisecondes, et garder le CLS sous 0,1. Ces seuils, bien que connus, restent difficiles à atteindre pour une large majorité de sites français selon les données du Chrome User Experience Report (CrUX). En parallèle, il est pertinent de mettre en place un monitoring continu via des outils comme PageSpeed Insights, Search Console, ou des solutions tierces comme Contentsquare, Dareboost (éditeur français) ou SpeedCurve, qui permettent de suivre des métriques expérimentales en plus des Core Web Vitals officiels.
Ce que les données terrain nous apprennent déjà
Les données du rapport CrUX disponibles fin 2025 montrent que la France affiche des performances hétérogènes selon les secteurs. Le e-commerce, notamment les sites de grande distribution et de mode, continue de lutter avec des LCP élevés dus à des images de héros non optimisées et des politiques de chargement de scripts tiers agressives. À l’inverse, les sites éditoriaux et de presse ont globalement bien progressé sur le CLS depuis 2022, notamment grâce à une meilleure gestion des emplacements publicitaires. Concernant l’INP — la métrique la plus récente — les résultats restent mitigés : beaucoup de sites reposant sur des CMS comme WordPress avec de nombreux plugins présentent encore des temps d’interaction supérieurs à 500 millisecondes sur mobile, ce qui les place dans la zone rouge. Ces constats sont précieux : ils indiquent que même sans nouvelles métriques, il reste un travail considérable à accomplir sur les fondamentaux. Et c’est précisément en maîtrisant ces fondamentaux que les agences et leurs clients seront les mieux placés pour absorber sans douleur les évolutions à venir.
Se préparer concrètement dès aujourd’hui
Pour les agences SEO françaises qui souhaitent prendre de l’avance, plusieurs actions concrètes peuvent être engagées dès maintenant. Premièrement, auditer régulièrement les métriques expérimentales disponibles dans Chrome DevTools, notamment via le panneau Performance et les rapports Lighthouse en mode expérimental. Deuxièmement, suivre les publications officielles de l’équipe Chrome sur web.dev et les discussions publiques du groupe Web Performance Working Group du W3C : c’est là que se dessinent les futures normes. Troisièmement, former les équipes développement aux bonnes pratiques d’animation et de gestion de la réactivité, en intégrant ces critères dans les checklists de recette des projets. Enfin, documenter les progrès réalisés pour chaque client via des rapports de performance réguliers : cette transparence renforce la relation de confiance et positionne l’agence comme un partenaire stratégique plutôt qu’un simple prestataire technique. L’horizon 2026 est encore lointain, mais dans le SEO, les meilleures positions se construisent toujours avec une longueur d’avance.



